Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 23:34

Sylvie, jeune fille aveugle, a fait ses études sous la direction de Louise Michel. Elle va sur ses vingt ans lorsqu’éclate la guerre de 1870.

 

 

 

La guerre : Sylvie s’en faisait une image sommaire et romantique. Comme elle avait lu Werther et quelques drames historiques de Schiller, elle se figurait vaguement des hordes de guerriers blonds aux yeux bleus parcourant les campagnes françaises, pillant les selliers et lutinant les jeunes paysannes. Les aspects les plus matériels et les plus tragiques lui échappaient. Du reste, influencée malgré elle par la propagande officielle, elle ne doutait pas de la victoire française. Et quand Louise lui disait que l’armée n’était pas prête, Sylvie répondait qu’au besoin ce serait le peuple lui-même, le peuple français éclairé et libre, qui se porterait au-devant des barbares germaniques. Lorsqu’on annonça une manifestation contre la guerre, Sylvie demanda à s’y rendre, plus par esprit revendicateur que par conviction bien définie. Louise voulait bien l’emmener, mais Vallès s’y opposa :

« Tu n’y songes pas, Louise. Et si nous avons mail à partir avec les mobiles, comme c’est probable ? »

Sylvie n’insista pas et resta à l’école. Elle eut une grosse émotion lorsqu’on lui raconta les événements : la charge, l’évanouissement de Louise, et comment elle-même et ses compagnons avaient échappé de justesse à la griffe policière. Elle s’écria impétueusement :

« Il n’y a pas de milieu : ou bien je vous quitte à jamais, ou bien je suis des vôtres jusqu’au bout et quoiqu’il m’en coûte. »

Une femme dit tout près d’elle :

« Voilà une petite citoyenne qui a du cœur au ventre. C’est bien Sylvi qu’on t’appelle ?

-Oui, madame. Et vous ? Je connais votre voix.

-Pas de madame entre nous, mon petit : je suis André Léo. »

 

Par diane beausoleil
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Mardi 20 décembre 2011 2 20 /12 /Déc /2011 22:05

 

 

Ranguin, le 20 décembre 2011.

 

Mes chers, très chers, inestimables,

 

Ce blog a trois ans. Je l’ai délaissé pendant plusieurs mois, pour une bête raison technique : je n’arrivais plus à mettre mes textes en ligne. Je dois un remerciement particulier à Michel, qui ma trouvé la solution.

 

Qu’ai-je fait cette année ? Rien, peu de chose, ou presque !

 

En janvier, suite au décès de notre ancien président Antoine Thivel, j’ai pris la présidence de l’Association des Libres Penseurs des Alpes-Maritimes (ALPAM). Vous l’avez remarqué, on parle beaucoup de laïcité ces derniers temps : nous avons donc beaucoup de travail. Merci, Sarko ! Mon premier soin, en collaboration avec mes camarades, a été de publier un communiqué pour dire bien clairement que nous n’avions rien à voir avec la laïcité façon Marine Le Pen. Ce communiqué a paru dans notre journal La Raison Militante. Je garde un souvenir émerveillé de notre congrès national à Piriac-sur-Mer, en Loire-Atlantique. Et ce n’est pas pour le muscadet, car je suis abstinente d’alcool depuis trois ans. Mais l’ambiance était magnifique, authentiquement fraternelle, et j’ai rencontré là-bas quelques êtres humains fabuleux, notamment une vieille institutrice bretonne, militante laïque de toujours, qui m’a rappelé Emilie Carles.

 

Parallèlement, j’ai continué mes activités au CAAM :

www.caam.over-blog.com

Mais là, j’ai eu quelques passages difficiles. L’intervention en Libye a enfiévré les esprits, et nous avons eu mail à partir avec quelques fortes personnalités. Comme je le fais quelquefois dans les moments de crise, j’ai fait un bilan détaillé de mon engagement libertaire. Conclusion de bilan : je continue. L’année prochaine, je voudrais reprendre mes projets d’émission pour notre radio :

www.caam.tk

Je pensais plus particulièrement à deux centres d’intérêt : le handicap et le féminisme.

 

Pour les activités artistiques, j’ai connu quelques expériences bien agréables. La Fête de la Musique m’a permis d’incarner avec bonheur une Concepcion qui me ressemble un peu. Mais j’ai eu aussi le plaisir de participer au spectacle annuel de la troupe théâtrale de l’A.V.H., La Vie en Rose. Ce n’est pas mon répertoire habituel, mais cela m’a fait du bien. Nous avons bien travaillé et bien rigolé ! Nous remettons ça le 15 janvier 2012, près de Toulon. Avis aux intéressés ! En revanche, une expérience de théâtre a tourné court. Il me semblait pourtant avoir eu un bon contact avec les participants. Mais le responsable n’a pas dû être de cet avis ; Dommage qu’il n’ait pas trouvé le temps ou le courage de me le dire !

 

J’ai travaillé avec Jamila, ma prof de danse orientale. Nous avons mis au point une chorégraphie sur une chanson que des amis du CAAM ont composée au sujet des événements dans le monde arabe. L’enchaînement est tout trouvé avec mes vacances en Tunisie, en compagnie de ma cousine Sacha. Et nous avons sans doute bien fait d’y aller ! En plus du soleil, de l plage et de la gentillesse de l’accueil, mon souvenir le plus marquant reste la visite de la maison du baron d’Erlanger, à Sidi Bou Saïd. On y trouve, entre autres, une magnifique collection d’instruments de musique orientale. En fait de musique, la plus belle que j’ai entendue était dans le taxi qui me ramenait à l’aéroport de Tunis : un grand chanteur tunisien, dont je n’ai malheureusement pas retenu le nom.

 

Pour l’écriture, mon livre en cours continue d’avancer doucement. D’ici quelques jours, je pense mettre un extrait en ligne. D’autre part, avec Michel Butin, mon éditeur préféré, nous pensions publier Le Chant des Geôliers pour la fin d’année. Mais ce projet est tout à fait passé à la trappe, et voici pourquoi.

 

A partir du 16 août, j’ai connu toute une série d’événements bouleversants. Le premier, terrible, a été le suicide d’un ami d’enfance, Christophe, qui ne s’est pas remis de son divorce. Sa maman, Michelle, une femme adorable, généreuse, ouverte, artiste,est une très vieille amie de ma famille. Elle a fait mon admiration par sa force de caractère.

 

Ensuite, j’ai eu à vivre, de loin il est vrai, la dépression de Christelle, une jeune correspondante de dix-neuf ans que j’aime beaucoup.

 

J’en passe, de moindre importance (mes intimes comprendront), pour arriver à la pire : le décès de ma mère, dans la nuit du 2 au 3 novembre dernier. Dix jours avant, elle avait fait un A.V.C. Elle était à moitié paralysée et ne pouvait plus parler. Sa fin de vie a été horrible. Je ne m’en console pas. Ce dimanche, elle aurait eu de la peine, car, pour des raisons bien différentes, elle aimait beaucoup Cesaria Evora et Vaclav Havel. Notre relation a été souvent difficile. Et pourtant, je sens comme une protection qui m’a été enlevée, et je ne sais que faire de ce que je n’ai pas envie d’appeler ma liberté.

 

Je m’arrête là pour aujourd’hui. Si vous le voulez, vous pouvez écouter avec moi le Lacrimosa, du Requiem de Mozart.

 

Embrassez-moi comme je vous embrasse !

 

Par diane beausoleil
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 22:18

C’est vraiment trop bête ! Mourir pour des bijoux, pour ces colifichets de luxe, pour ces breloques de riches, ou même de moins riches ! Bien sûr qu’il était gentil comme tout, le bijoutier, que tout le monde le connaissait, que je le connaissais, moi aussi, que je lui portais comme tout La Bocca, une montre à réparer ou une bague à rétrécir ! Bien sûr qu’il y a de quoi pleurer, avec toute cette famille, avec tout ce quartier qui se demande ce qui lui arrive ! Un braquage si violent, et qui aurait pu l’être encore davantage! Et ce qui est encore plus bête, c’est de tuer pour des bijoux. Bien sûr que je mettrais des claques, et des bonnes, aux connards qui ont fait ça, et grâce à qui peut-être le F.N. passera la barre des 40% au prochain coup !

 

Mais voilà : c’est là que je m’arrête ! La marche blanche, je n’y suis pas allée, bien que je comprenne ceux qui ont choisi d’y aller, mes bons voisins. Ils avaient besoin dese tenir chaud, et sans doute que ce soutien a un peu réconforté la famille. Mais pourquoi cette manie de réclamer le rétablissement de la peine de mort ? Même de loin, je n’ai pas eu envie de coudoyer ces vautours, qui pointent leur bec à chaque fait divers sanglant. Comment une cause aussi perdue, aussi indéfendable, aussi discréditéetrouve-t-elle encore des partisans, c’est ce qui m’étonne toujours. Je n’ai rien à ajouter à ce vieux débat : après Victor Hugo, je ne vois plus rien à dire.

 

Mais alors, faute du châtiment suprême, que faire ? Je n’en sais rien. Et l’humanité n’en sait rien, qui, dès ses origines, a mis en œuvre des solutions dont aucune n’a réellement fait la preuve de son efficacité. Renforcer la police, même un va-t-en-guerre comme Sarkozy s’en est bien gardé. C’est seulement pour le G 20 qu’on a connu une overdose de bleu marine : ce qui prouve, à ceux qui s’imaginaient autre chose, que les polices sont faites pour protéger les forts, et non les faibles. Ce qu’il faut faire, je nen sais rien. En revanche, je sais ce qu’il ne faut pas faire, car c’est ce qu’on fait en ce moment un peu partout : aggraver la misère, accroître la proportion de gens désespérés et de situations sans issue. En même temps, surtout dans une région comme la nôtre, l’étalage d’une richesse toujours plus insolente, toujours plus impudique, ne peut que susciter les convoitises et les pulsions prédatrices. La société d’hyperconsommation, avec ses agressions publicitaires permanentes, créent des légions de frustrés, dont la plupart ne passe jamais à l’acte et subissent leur sort en silence. Un délinquant, ce n’est qu’un pauvre qui se révolte, mais dont la révolte s’arrête en chemin et se trompe de cible.

 

Ceux qui ne se trompent jamais de cible, ceux pour qui le pauvre quel qu’il soit, chômeur, immigré ou militant syndical, est l’éternel ennemi, ce sont les états et leurs représentants. Malgré leurs grands discours, surtout à l’approche des élections, ils se soucient peu des victimes. Le banditisme ne les dérange pas, au contraire même, puisqu’il renforce les mécanismes de base de la société : le rapport de domination, et son outil de prédilection, l’argent. Mais la moindre manif provoque aussitôt des déploiements policiers disproportionnés . Le pauvre bijoutier de La Bocca aurait mieux fait de devenir chef d’état: il aurait eu douze mille flics pour le protéger.

 

Il est toujours bon de le rappeler : la criminalité individuelle, si effrayante qu’elle paraisse, n’est que roupie de sansonnet auprès de la seule, vraie, grande criminalité : celle des états alliés aux grandes puissances économiques.

 

Trois mille ! Ils étaient trois mille à la marche blanche. Ah ! le bon peuple ! Ah ! les braves gens, toujours prêts à descendre dans la rue, sauf pour défendre leur propre cause et se révolter contre l’injustice sociale. C’est ce que j’essayais d’expliquer à une voisine à qui on venait de couper le chômage :

« Les vrais criminels, ce sont ceux qui vous laissent dans la misère. »

 

« Peuple trop oublieux,

Nom de Dieu,

Si un jour tu te lèves… »,

Ne te trompe pas d’ennemi !

 

Olympe

 

Par diane beausoleil
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 20:49

«Tu seras obligé d'abandonner ce qui t'est le plus cher: c'est la première flèche de l'exil. Et tu apprendras combien est amer le pain de l'étranger.»

(Dante)

 

 

La vie de Maman commence par un deuil, une guerre et un exil. Son histoire, c'est l'histoire du XXème siècle.

 

Elle est née à Haj, village de Moravie, le 5 novembre 1923. C'est l'âge d'or de la toute jeune Tchécoslovaquie, la Première République dont les anciens parlent avec nostalgie, l'époque du président Masaryk. Maman s'appelle Drahomira, et son jeune frère Miroslav. Elle a quatre ans lorsque son père meurt, des suites de la guerre de 14. Sa mère Sophie, dont je porte le nom, travaille dur pour vivre et élever ses enfants. Fidèle à la tradition du pays, c'est une paysanne remarquablement cultivée, qui lit Balzac et fait donner des leçons de musique à ses deux enfants. Maman restera presque jusqu'à la fin de ses jours une musicienne et une mélomane, ainsi qu'une grande lectrice.

 

En 1938, c'est Munich, puis l'occupation allemande. On est à la campagne: on n'a pas faim, mais on a peur, surtout lorsque le gouverneur allemand Heidrich est assassiné. En pleine loi martiale, trois jeunes filles de Haj sont reçues bachelières: Drahomira est l'une des trois.

 

La guerre finie, elle part vivre et travailler en Slovaquie, où les conditions de vie sont meilleures. Elle est secrétaire chez Skoda, et c'est là qu'elle fait sa première rencontre décisive: une dame d'origine hongroise, mais mariée en Suède, qui lui offre de venir s'occuper de sa mère âgée. Drahomira se trouve donc en Suède quand se produit le coup d'état de Staline, en février 1948. Sa propre mère lui déconseille de rentrer. Elles s'écriront beaucoup, mais ne se reverront jamais.

 

Suivent quelques années en partie obscures. Drahomira fait un passage par l'Allemagne, encore ruinée par la guerre. Elle connaît les camps de réfugiés, dont elle parlera très peu. Mais elle fait une rencontre capitale: celle de la famille Kazen. Elle devient l'amie de Mado, mariée à l'un des fils Kazen, mais originaire de Nice. Elle part avec elle en vacances sur la Côte d'Azur. Et là, un certain 25 juin 1952, elle fait la connaissance de Julien, jeune professeur de musique, qui deviendra notre papa. Ils se marient à Stockholm, lannée suivante.

 

Ils vivront ensemble quarante-huit ans, d'une vie stable, laborieuse, avec ses joies, comme la naissance de leurs deux enfants, Patrice et moi-même, de nombreuses et solides amitiés; et ses peines, ma cécité, plusieurs drames familiaux et l'écrasement du printemps de Prague. Après notre départ de la maison, ils voyagent beaucoup, notamment en République Tchèque, et partagent lecture et musique. Ils ont la joie d'accueillir dans le cercle de famille Pascale, la compagne de Patrice et ses proches, puis leurs deux filles, Delphine et Maelle.

 

Après la mort de Papa, qu'elle a entouré de soins, Maman connaît quelques années de vie tranquille et indépendante. Nous nous réjouissons de la voir si active et en bonne santé. Hélas! peu avant ses quatre-vingt-six ans, à la suite d'une contrariété domestique, elle plonge dans une dépression dont rien ne pourra la tirer. Un an plus tard survient l'accident: une chute dans la rue, une grosse fracture de hanche, elle ne peut plus marcher seule. Après l'hôpital vient la maison de retraite. Son dernier exil lui vient de l'intérieur, de ce qu'on appelle pudiquement la désorientation: elle ne se reconnaît plus, ni dans l'espace, ni dans le temps. De lointaines angoisses ressurgissent, comme celle de n'avoir plus d'argent ni de nourriture. Après deux ans de souffrance morale, son système nerveux craque: c'est l'A.V.C., l'hémiplégie, l'aphasie. Atteinte d'une infection pulmonaire, elle nous quitte le 3 novembre, deux jours avant son 88ème anniversaire, comme un nageur épuisé qui se noie à vingt brasses de la rive.

 

Elle était comme la vie la faite, forte, trop parfois, tourmentée, complexe et attachante.

 

Dans ces deux dernières années, elle a retrouvé le pain de sa jeunesse, le pain amer de l'étranger. Elle qui a tant aimé la France, son pays d'origine lui a manqué; les musiques qu'elle a choisies en témoignent. Puisqu'on dit qu'on revoit toute sa vie avant de la  quitter, j'espère que, par une faveur particulière, elle n'en a revu que les plus beaux moments: ses enfants et ses petits-enfants réunis autour delle, les fiançailles de rêve d'une petite Tchèque sans-papiers au bord de la Méditerranée, et la maison de son enfance, où les voisines venaient bavarder en triant le duvet de leurs oies, qui servirait à fabriquer les gros édredons, si chauds pendant les rudes hivers silésiens.

 

 

Nice, 8 novembre 2011.

 

Par diane beausoleil
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 20:46

Bienvenue en Tunisie !

Tourisme et néo-colonialisme,

Ceux qui passent et ceux qui restent

 

 

Une semaine dans la peau d’un touriste de base,entre Tunis et Sidi-Boussaïd, c’est peu pour comprendre la situation d’ensemble d’un pays. Mais c’est assez pour saisir quelques points essentiels et se payer quelques coups de sang!

 

Rien à dire sur la qualité de l’accueil ! Un club est un étrange endroit, un microcosme coupé du monde extérieur où tout est fait pour que le client soit comblé, depuis le petit déjeuner jusqu’à la boîte de nuit. Les animateurs, plus que dévoués, plus que patients, vivent sur place, en sacrifiant totalement leur vie personnelle et familiale. La jeune employée du hammam vient de plus loin, et doit payer son taxi (pas de transports en commun) et sa nourriture, alors qu’ici la bouffe se gaspille à tour de bras. L’eau également, alors que le pays en manque. Ici, c’est le Club Méd du pauvre : voir en copie la chanson de Christian Stalla. Pour amuser la clientèle, celle des tour-opérateurs bon marché, qui souvent les traite comme des chiens, les animateurs se livrent à des pitreries indignes et d’une abyssale vulgarité. J’ai passé une soirée à me dire :

« C’est ça ou les talibans. »

Et ils ne sont pas loin, les talibans, à en juger par les ribambelles d’adolescentes voilées qu’on croise dans les rues des villes.

 

Nous nous plaignons de la parano sécuritaire. Ici, elle est à son comble. Quand on a comme moi sa chambre au rez-de-chaussée, on vous recommande de laisser les volets fermés et la valise cadenassée pendant les absences. De qui a-t-on si peur ? Serait-ce des Libyens, qui affluent ces derniers temps ? Pourtant, ceux qui logent à côté sont des riches : il n’y a qu’à voir comment les petites filles sont mises joliment. Le sentiment de méfiance est général, à l’égard des commerçants, des prestataires de service, qui (c’est bien connu !) cherchent toujours à vous arnaquer. Il y a encore les filles qui essaient de travailler discrètement, et les jeunes qui repèrent les femmes seules et cherchent à se placer : on appelle ça le « baiseness ». Deux logiques s’affrontent en permanence, celle de la survie et celle du profit, mais la balance n’est pas égale.

 

AH ! ce n’est pas joli, le tourisme de masse. Mais du moins, ceux-là ne font que passer, et il en est parmi eux qui savent respecter ceux qui les accueillent. J’espère avoir été de ceux-là. Mais le pire, ce sont ceux qui restent, qui s’installent. Il y a de tout, bien sûr. Peut-être n’ai-je pas eu de chance ; mais ceux que j’ai rencontrés sont des gens qui, disent-ils eux-mêmes, ne se plaisaient plus en France, et sont venus là pour se faire ou se refaire une vie confortable, une vie de nanti dont ils ne pouvaient même plus rêver dans leur pays d’origine. Pour eux, les loyers sont bas, les salaires dérisoires : pour trois fois rien, on peut avoir une fatma à demeure qui fait tout.

 

Mais tout privilège a un prix : ces nouveaux colons vivent dans la peur, et se claquemurent dans des quartiers réservés, où ils voisinent avec les nationaux aisés. Ils tremblent depuis la révolution, depuis qu’on a relâché tous les voyous de prison et qu’on ne voit plus un flic dans la rue. Ce qu’on voit, ce que j’ai vu à Tunis, le long de l’avenue Bourguiba, ce sont les camions militaires et les cars de C.R.S. On a laissé les barbelés autour des bâtiments publics importants. Je n’ai pas pu avoir d’échanges directs avec les habitants, mais des personnes qui connaissent le pays les trouvent tendus et inquiets. Mon vol de retour est parti avec trois heures de retard : il y a des grèves, chose inconcevable ! La parole s’est libérée : nous le voyons avec nos chauffeurs de taxi. Mais l’avenir est incertain : beaucoup craignent une prise de pouvoir par l’armée, certains la souhaitent. Une de ces expatriés dont j’ai parlé plus haut me déclare ouvertement :

« Ce pays a besoin d’être gouverné d’une main de maître. Les arabes ne connaissent que le bâton. »

                       

La dernière image qui me reste, c’est celle du souk de Tunis. Une foule serrée, houleuse, à fleur de peau. Je me fais bousculer par un autre non-voyant : comment vit-il ici ? Et je n’ose même pas imaginer la vie d’une personne en fauteuil : Tunis, à part l’aéroport, c’est le degré -1 de l’accessibilité. Parmi tous ceux que je croise, il y en a peut-être qui se feront tuer la prochaine fois, dans ce pays où on sait encore mourir pour la liberté. Je les aime.

 

18 septembre 2011

 

 

Derrière chez nous, il y a une agence,

Une agence de voyages.

Et chaque jour, en la voyant, je pense

A de lointains paysages.

L’été dernier nous avons fait la Corse.

Que ferons-nous cette année ?

 

L’été dernier, nous avons fait la Corse,

L’année d’avant la Turquie.

Il y a trois ans, nous avons fait un gosse

Et la Seine-Saint-Denis.

Et cette année, notre club va nous dire

Ce que nous allons choisir.

 

Avec ce club, on a déjà fait l’Inde

Dans un très bel hôtel-club,

Où l’on bouffait vraiment comme des dingues

Dans une ambiance de pub.

A tous les repas il y avait de la dinde.

Ah ! ce qu’on bouffe bien dans notre club !

 

Un jour, on est partis en charter,

Je ne sais dans quel pays.

Mais il y avait un bon animateur

Qui était vraiment plein d’esprit.

Il s’écrasait des gâteaux sur le nez.

Ah ! ce qu’on a pu rigoler.

 

Un jour, nous sommes sortis d village.

C’était imprudent, je crois,

Car nous avons aperçu des sauvages,

Aussi vrai que je vous vois :

« Faut pas sortir, avait dit le directeur,

Sans votre accompagnateur. »

 

En bon touriste, on n’est pas égoïste :

Quand on rencontre un mendiant,

Dans sa main on fait tomber des réglisses.

Il faut que tout le monde soit content !

Quant à nous, du fond de nos « bungaloves »,

Le soir, on chante : « Love, love, love ! »

 

Par diane beausoleil
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