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C’est vraiment trop bête ! Mourir pour des bijoux, pour ces colifichets de luxe, pour ces breloques de riches, ou même de moins riches ! Bien sûr qu’il était gentil comme tout, le bijoutier, que tout le monde le connaissait, que je le connaissais, moi aussi, que je lui portais comme tout La Bocca, une montre à réparer ou une bague à rétrécir ! Bien sûr qu’il y a de quoi pleurer, avec toute cette famille, avec tout ce quartier qui se demande ce qui lui arrive ! Un braquage si violent, et qui aurait pu l’être encore davantage! Et ce qui est encore plus bête, c’est de tuer pour des bijoux. Bien sûr que je mettrais des claques, et des bonnes, aux connards qui ont fait ça, et grâce à qui peut-être le F.N. passera la barre des 40% au prochain coup !
Mais voilà : c’est là que je m’arrête ! La marche blanche, je n’y suis pas allée, bien que je comprenne ceux qui ont choisi d’y aller, mes bons voisins. Ils avaient besoin dese tenir chaud, et sans doute que ce soutien a un peu réconforté la famille. Mais pourquoi cette manie de réclamer le rétablissement de la peine de mort ? Même de loin, je n’ai pas eu envie de coudoyer ces vautours, qui pointent leur bec à chaque fait divers sanglant. Comment une cause aussi perdue, aussi indéfendable, aussi discréditéetrouve-t-elle encore des partisans, c’est ce qui m’étonne toujours. Je n’ai rien à ajouter à ce vieux débat : après Victor Hugo, je ne vois plus rien à dire.
Mais alors, faute du châtiment suprême, que faire ? Je n’en sais rien. Et l’humanité n’en sait rien, qui, dès ses origines, a mis en œuvre des solutions dont aucune n’a réellement fait la preuve de son efficacité. Renforcer la police, même un va-t-en-guerre comme Sarkozy s’en est bien gardé. C’est seulement pour le G 20 qu’on a connu une overdose de bleu marine : ce qui prouve, à ceux qui s’imaginaient autre chose, que les polices sont faites pour protéger les forts, et non les faibles. Ce qu’il faut faire, je nen sais rien. En revanche, je sais ce qu’il ne faut pas faire, car c’est ce qu’on fait en ce moment un peu partout : aggraver la misère, accroître la proportion de gens désespérés et de situations sans issue. En même temps, surtout dans une région comme la nôtre, l’étalage d’une richesse toujours plus insolente, toujours plus impudique, ne peut que susciter les convoitises et les pulsions prédatrices. La société d’hyperconsommation, avec ses agressions publicitaires permanentes, créent des légions de frustrés, dont la plupart ne passe jamais à l’acte et subissent leur sort en silence. Un délinquant, ce n’est qu’un pauvre qui se révolte, mais dont la révolte s’arrête en chemin et se trompe de cible.
Ceux qui ne se trompent jamais de cible, ceux pour qui le pauvre quel qu’il soit, chômeur, immigré ou militant syndical, est l’éternel ennemi, ce sont les états et leurs représentants. Malgré leurs grands discours, surtout à l’approche des élections, ils se soucient peu des victimes. Le banditisme ne les dérange pas, au contraire même, puisqu’il renforce les mécanismes de base de la société : le rapport de domination, et son outil de prédilection, l’argent. Mais la moindre manif provoque aussitôt des déploiements policiers disproportionnés . Le pauvre bijoutier de La Bocca aurait mieux fait de devenir chef d’état: il aurait eu douze mille flics pour le protéger.
Il est toujours bon de le rappeler : la criminalité individuelle, si effrayante qu’elle paraisse, n’est que roupie de sansonnet auprès de la seule, vraie, grande criminalité : celle des états alliés aux grandes puissances économiques.
Trois mille ! Ils étaient trois mille à la marche blanche. Ah ! le bon peuple ! Ah ! les braves gens, toujours prêts à descendre dans la rue, sauf pour défendre leur propre cause et se révolter contre l’injustice sociale. C’est ce que j’essayais d’expliquer à une voisine à qui on venait de couper le chômage :
« Les vrais criminels, ce sont ceux qui vous laissent dans la misère. »
« Peuple trop oublieux,
Nom de Dieu,
Si un jour tu te lèves… »,
Ne te trompe pas d’ennemi !
Olympe
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