Mardi 23 juin 2009

Salut à toutes et à tous !

 

Voilà six mois que j’ai ouvert ce blog, avec, comme texte inaugural, mon Manifeste des Sans-Amour. Quelques semaines plus tôt, j’avais rendu visite à un type extraordinaire : un architecte alternatif, écologiste, futuriste, poétique. Mais hélas ! toutes les maisons issues de son imagination débordante avaient un point commun : l’inaccessibilité aux personnes handicapées. Figurez-vous un verger magnifique enclos de murs infranchissables ! De constater une telle carence chez un homme aussi progressiste par ailleurs m’avait mise en rage et en douleur plus que je ne peux dire. Et c’est au retour que j’avais écrit mon manifeste. Je vous invite à vous y reporter. Je l’ai mis en ligne juste avant Noël… pardon, le solstice d’hiver, et je n’ai reçu aucune réaction, à part l’approbation de quelques amis.

 

Six mois plus tard, je remets le couvert. Mais cette fois, je vais plus loin : je propose de passer à l’action. Je n’en fais pas mystère : cette initiative m’est inspirée par mon vécu personnel. La cinquantaine passe très mal, d’autant que je viens encore de me prendre un « rateau » historique. Après en avoir bien bavé, j’ai essayé de réfléchir, puis d’agir.

J’ai décidé de travailler sur ma féminité, et de me donner les moyens de l’affirmer et de la développer. Pour cela, j’ai fait appel à une conseillère en image, styliste de formation, avec qui j’ai fait et je fais encore un travail remarquable. Pourquoi si tard ? C’est à seize ans que j’aurais dû le faire ! Mais à seize ans, j’en ai été empêchée.

Je sais depuis longtemps que ma situation d’isolement affectif est très fréquente chez mes pareils. Il y a quelques temps, j’ai entendu, à l’émission de Daniel Mermet « là-bas si j’y suis », le témoignage de Michèle, une gentille prostituée, pleine de santé et de délicatesse, qui entre autres a parlé de ses clients handicapés. Je ne dirai jamais assez le respect et la reconnaissance que m’inspirent ces prêtresses de Vénus (comme disait le divin marquis) grâce à qui un bon nombre de mes camarades masculins peuvent avoir une vie sexuelle. Mais pour les femmes, il n’y a rien ! Il n’y a que l’Internet ou le téléphone rose, avec tous les risques que cela comporte !

Actuellement, la plupart des personnes handicapées n’ont pas les moyens de vivre une vie amoureuse. Dans mon manifeste, j’énumérais quelques causes principales. J’ajoute le retour de l’ordre moral, dont les minorités sont les premières à pâtir. Mais depuis, j’ai fait une autre analyse : les personnes handicapées font partie de ces catégories que la société prive délibérément de sexualité, comme les détenus, ou les sans-papier brutalement séparés de leur famille. Il serait intéressant de se demander pourquoi la société agit ainsi : cela pourrait faire l’objet d’un débat. Tout comme on pourrait se demander aussi pourquoi les valides ont besoin que les handicapés soient si vertueux !

 

Comme résultat de ces réflexions, j’invite tous ceux qui se sentent concernés par ces questions à se joindre pour créer une « fraternité libertaire des sans-amour », mouvement revendicatif pour la libération affective et sexuelle des personnes handicapées.

 

Les buts :

-permettre à toute personne handicapée qui le désire de développer une vie affective et sexuelle digne et sans danger ;

-permettre l’accès à l’information et aux services nécessaires ;

-redonner aux personnes handicapées une image positive d’elles-mêmes ;

-répandre dans le public une image favorable de la personne handicapée, de la femme en particulier ; il y a beaucoup à faire dans les médias ;

-amener la société à prendre des mesures, sur le modèle par exemple des sociétés scandinaves (possibilité de recourir à un auxiliaire ou à un accompagnement pour les couples déficients mentaux).

 

Les moyens :

-l’entraide individuelle ;

-partenariat avec des professionnels et des associations amies.

 

Idée de base : former des groupes de parole, libres et fraternels, où les problèmes pourraient être posés clairement, un peu sur le modèle des cafés philo, avec alternance de débats de fond et de moments conviviaux. Par exemple, on pourrait organiser un débat autour du film Nationale 7. Par la suite, ces groupes pourraient évoluer en groupes de partage, où les personnes pourraient trouver de l’aide. Des professionnels pourraient participer, conseillers en image, psychologues, médecins, mais seulement en qualité de partenaires : pas davantage. Il me plairait d’instituer le tutoiement général et l’appellation par le prénom. On pourrait aussi envisager des réunions fermées sur des questions trop intimes pour être débattues publiquement, un peu sur le modèle des groupes d’Alcooliques Anonymes.

J’ajoute qu’il faudrait dans l’affaire quelques bons juristes.

 

Pourquoi une fraternité libertaire ?

Dans le manifeste déjà, je proclamais ouvertement mes convictions libertaires. Je ne veux obliger personne à les partager. Il y a seulement quelques principes que j’aimerais conserver :

-très peu d’argent, le moins possible, que tout soit à prix libre ;

-très peu de pouvoir, de préférence pas du tout : s’il doit y avoir une forme d’existence légale, qu’elle soit minimale.

 

L’été arrive. Les soirées sont longues et douces. On peut discuter de manière agréable et décontractée sur une plage, à une terrasse de café ou autour d’un barbecue. Si mon texte vous plaît, écrivez-moi, et surtout faites circuler !

 

Bisous à toutes et à tous !

 

 

Diane

Toujours non-voyante

Et plus libertaire que jamais

 

Par diane beausoleil
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