Ces trois poèmes, regroupés sous le titre Alia, ont été écrits au retour d’un voyage en Israël. Ils font partie d’un petit recueil intitulé Rêves.
1 : Vallée
A Yad Vashem,
La colline aux mille noms,
Loin du musée et de sa foule,
Il est un lieu de silence et de gravité,
Une catacombe inspirée
Où le pas s’arrête et où l’âme se tait.
Là, de hautes pierres mélancoliques
Telles des titans foudroyés
Portent, sculpté à leur flanc meurtri,
Le nom des communautés frappées.
Dubrovnik
Djerba
Ostrava
Salonique
Et Marseille
Et Munich :
Tous ceux-là étaient des vivants.
Et si les hommes veulent oublier,
Les pierres se souviendront.
Jérusalem, 22 février.
2 : Murs
On t’appelle Mur des Lamentations.
Mais, pour moi, tu fus le mur de la joie,
Des chants, des you-you et des rires d’enfants.
Le mur de la fête et du retour des exilés.
Le mur où mes ancêtres en souriant
M’ont ouvert les bras et donné de leur force.
Ô mur que j’ai touché,
Femme parmi les femmes,
Juive de cœur et terrienne dans l’âme,
Mur, vers qui je reviendrai.
On t’appelle mur de sécurité.
Mais, pour mes amis et mes autres frères,
Tu es le mur de la peur et de la haine,
De la misère et de l’opprobre.
Pourquoi cela ?
Qui l’a voulu ?
Qui a dit le premier : « Cette terre est à moi » ?
Si tous l’ont dit, tous en ont menti.
Et ne me dites pas qu’un dieu vous l’a promise
Ou qu’un père vous l’a léguée !
La terre est femme :
Qui la prend la vole,
Et qui la vole la viole.
Et la peur est le partage de qui ne veut point partager.
Gloire à celui qui dit non à la peur !
Jérusalem, 23 février.
3 : Oasis
« Mon bien-aimé est pour moi comme une grappe de troène, dans les vignes d’En-Guédi. »
Je me suis endormie au bruit de la mer,
dans le parfum des acacias en fleurs.
Et mon rêve est plus doux que le vin :
« Comme un pommier parmi les arbres de la forêt,
tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes. »
Le jus des grenades a rafraîchi mes lèvres
et l’huile de nard embaume mon corps.
Douceur du soleil et douceur du vent,
Douceur des palmiers qui agitent leurs verts éventails
« Je dors, mais mon cœur veille ; j’entends la voix de mon bien-aimé. »
Hélas ! le sommeil me tient captive,
Au filet de mes cheveux dénoués ;
Et mes paupières sont de marbre.
« Hélas ! mon bien-aimé s’est enfui. », il a disparu. »
Je suis partie à sa recherche, à travers le désert.
J’ai rencontré des voyageurs qui m’ont dit:
Pourquoi celui-ci ? Il en est tant d’autres !
« Mon bien-aimé a le teint blanc et vermeil.
Sa chevelure est souple comme le palmier, noire comme les plumes d’un corbeau.
Ses yeux sont comme des colombes sur les bords d’un ruisseau.
Sa bouche respire la douceur, et toute sa personne est pleine de charme. »
Je vous en supplie, ô filles de Jérusalem,
Apportez-moi la myrrhe qui apaise la douleur.
Mais laissez-moi ma blessure, qui me fait vivre et mourir !
En-Guédi, 24 février 2009.
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