Bienvenue en Tunisie !
Tourisme et néo-colonialisme,
Ceux qui passent et ceux qui restent
Une semaine dans la peau d’un touriste de base,entre Tunis et Sidi-Boussaïd, c’est peu pour comprendre la situation d’ensemble d’un pays. Mais c’est assez pour saisir quelques points essentiels et se payer quelques coups de sang!
Rien à dire sur la qualité de l’accueil ! Un club est un étrange endroit, un microcosme coupé du monde extérieur où tout est fait pour que le client soit comblé, depuis le petit déjeuner jusqu’à la boîte de nuit. Les animateurs, plus que dévoués, plus que patients, vivent sur place, en sacrifiant totalement leur vie personnelle et familiale. La jeune employée du hammam vient de plus loin, et doit payer son taxi (pas de transports en commun) et sa nourriture, alors qu’ici la bouffe se gaspille à tour de bras. L’eau également, alors que le pays en manque. Ici, c’est le Club Méd du pauvre : voir en copie la chanson de Christian Stalla. Pour amuser la clientèle, celle des tour-opérateurs bon marché, qui souvent les traite comme des chiens, les animateurs se livrent à des pitreries indignes et d’une abyssale vulgarité. J’ai passé une soirée à me dire :
« C’est ça ou les talibans. »
Et ils ne sont pas loin, les talibans, à en juger par les ribambelles d’adolescentes voilées qu’on croise dans les rues des villes.
Nous nous plaignons de la parano sécuritaire. Ici, elle est à son comble. Quand on a comme moi sa chambre au rez-de-chaussée, on vous recommande de laisser les volets fermés et la valise cadenassée pendant les absences. De qui a-t-on si peur ? Serait-ce des Libyens, qui affluent ces derniers temps ? Pourtant, ceux qui logent à côté sont des riches : il n’y a qu’à voir comment les petites filles sont mises joliment. Le sentiment de méfiance est général, à l’égard des commerçants, des prestataires de service, qui (c’est bien connu !) cherchent toujours à vous arnaquer. Il y a encore les filles qui essaient de travailler discrètement, et les jeunes qui repèrent les femmes seules et cherchent à se placer : on appelle ça le « baiseness ». Deux logiques s’affrontent en permanence, celle de la survie et celle du profit, mais la balance n’est pas égale.
AH ! ce n’est pas joli, le tourisme de masse. Mais du moins, ceux-là ne font que passer, et il en est parmi eux qui savent respecter ceux qui les accueillent. J’espère avoir été de ceux-là. Mais le pire, ce sont ceux qui restent, qui s’installent. Il y a de tout, bien sûr. Peut-être n’ai-je pas eu de chance ; mais ceux que j’ai rencontrés sont des gens qui, disent-ils eux-mêmes, ne se plaisaient plus en France, et sont venus là pour se faire ou se refaire une vie confortable, une vie de nanti dont ils ne pouvaient même plus rêver dans leur pays d’origine. Pour eux, les loyers sont bas, les salaires dérisoires : pour trois fois rien, on peut avoir une fatma à demeure qui fait tout.
Mais tout privilège a un prix : ces nouveaux colons vivent dans la peur, et se claquemurent dans des quartiers réservés, où ils voisinent avec les nationaux aisés. Ils tremblent depuis la révolution, depuis qu’on a relâché tous les voyous de prison et qu’on ne voit plus un flic dans la rue. Ce qu’on voit, ce que j’ai vu à Tunis, le long de l’avenue Bourguiba, ce sont les camions militaires et les cars de C.R.S. On a laissé les barbelés autour des bâtiments publics importants. Je n’ai pas pu avoir d’échanges directs avec les habitants, mais des personnes qui connaissent le pays les trouvent tendus et inquiets. Mon vol de retour est parti avec trois heures de retard : il y a des grèves, chose inconcevable ! La parole s’est libérée : nous le voyons avec nos chauffeurs de taxi. Mais l’avenir est incertain : beaucoup craignent une prise de pouvoir par l’armée, certains la souhaitent. Une de ces expatriés dont j’ai parlé plus haut me déclare ouvertement :
« Ce pays a besoin d’être gouverné d’une main de maître. Les arabes ne connaissent que le bâton. »
La dernière image qui me reste, c’est celle du souk de Tunis. Une foule serrée, houleuse, à fleur de peau. Je me fais bousculer par un autre non-voyant : comment vit-il ici ? Et je n’ose même pas imaginer la vie d’une personne en fauteuil : Tunis, à part l’aéroport, c’est le degré -1 de l’accessibilité. Parmi tous ceux que je croise, il y en a peut-être qui se feront tuer la prochaine fois, dans ce pays où on sait encore mourir pour la liberté. Je les aime.
18 septembre 2011
Derrière chez nous, il y a une agence,
Une agence de voyages.
Et chaque jour, en la voyant, je pense
A de lointains paysages.
L’été dernier nous avons fait la Corse.
Que ferons-nous cette année ?
L’été dernier, nous avons fait la Corse,
L’année d’avant la Turquie.
Il y a trois ans, nous avons fait un gosse
Et la Seine-Saint-Denis.
Et cette année, notre club va nous dire
Ce que nous allons choisir.
Avec ce club, on a déjà fait l’Inde
Dans un très bel hôtel-club,
Où l’on bouffait vraiment comme des dingues
Dans une ambiance de pub.
A tous les repas il y avait de la dinde.
Ah ! ce qu’on bouffe bien dans notre club !
Un jour, on est partis en charter,
Je ne sais dans quel pays.
Mais il y avait un bon animateur
Qui était vraiment plein d’esprit.
Il s’écrasait des gâteaux sur le nez.
Ah ! ce qu’on a pu rigoler.
Un jour, nous sommes sortis d village.
C’était imprudent, je crois,
Car nous avons aperçu des sauvages,
Aussi vrai que je vous vois :
« Faut pas sortir, avait dit le directeur,
Sans votre accompagnateur. »
En bon touriste, on n’est pas égoïste :
Quand on rencontre un mendiant,
Dans sa main on fait tomber des réglisses.
Il faut que tout le monde soit content !
Quant à nous, du fond de nos « bungaloves »,
Le soir, on chante : « Love, love, love ! »
dbeausoleil