Jeudi 25 décembre 2008 4 25 /12 /Déc /2008 21:51

 

J’ai cher’ché pour toi une rose,

O mon prince en exil,

Et je n’en ai point trouvé :

Ni la rose du Chili,

Ni la rose de Saron dont parle le Cantique,

Ni la rose du désert, qui naît à l’aurore et meurt à midi,

Ni la rose de la mer pailletée de sel,

Ni la rose de Noël qui guérit la folie,

Ni la rose des sables,

Ni la rose des vents,

Ni la rose de deuil, celle qu’on jette dans le lac,

A Rawensbrück.

 

Je n’ai trouvé qu’une fleur sauvage,

Un lys farouche de braise et de sang,

une orgueilleuse et timide églantine métissée de chardon,

Oubliée des abeilles,

Elle palpitait, au bord du chemin,

Comme une étoile blessée.

Accepte-la, je t’en prie,

Un instant seulement,

Pour voir si, dans ta main, qui donne un cœur aux pierres,

Elle exhalera son plus doux arôme

Et déploiera sa robe incarnate.

 

 

Solstice d’hiver, 2008.

 

Par diane beausoleil
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Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /Déc /2008 22:57

 

QUI JE SUIS

 

Une femme de cinquante ans, atteinte dès la petite enfance par une cécité définitive.

 

Grâce à un entourage privilégié, j’ai pu faire de longues études. Ma première formation a été littéraire, la seconde scientifique et technique. J’ajoute un éveil musical précoce et de nombreux voyages du nord au sud de l’Europe. La conquête de mon indépendance a été une tâche longue et souvent difficile. A ce jour, ma vie me donne satisfaction. Le mérite en revient pour une bonne part à Bahia, ma chienne-guide, dont la compagnie m’enchante et dont l’aide rend mes déplacements agréables et faciles.

 

J’ai commencé à écrire très jeune. J’ai sans doute trouvé dans l’écriture une liberté qui m’a longtemps manqué, et un moyen d’expression moins dangereux que la parole.

J’ai pris pour nom de plume Diane BEAUSOLEIL, en souvenir de mes lectures et de mes amitiés québécoises. Mes ouvrages sont connus dans un petit cercle d’amis, et dans quelques associations.

 

Ma première mouture se fait toujours en Braille, que je pratique depuis l’enfance. Mais l’informatique adaptée aux personnes déficientes visuelles m’a permis de donner à ces ouvrages une diffusion plus large. C’est l’objet de ce blog, que je souhaite un lieu d’expression, mais aussi d’échanges.

 

Bienvenue à tous !

 

 

Diane BEAUSOLEIL

 

Par diane beausoleil
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Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 17:35

 

Le manifeste des sans-amour

 

Vous ne le saviez pas ? Eh bien ! désormais, vous le saurez. Ils sont des millions autour de vous, les uns bien visibles, les autres plus cachés : les handicapés. Rien qu’en France, ils sont plus de six millions, dont plus d’une moitié de handicapés dits mentaux. On vous a dit beaucoup de choses sur eux, sur leur difficulté à travailler, à se loger, à vivre et à s’insérer dans ce monde qui n’est pas fait pour eux, mais pour qui est-il fait ? Or, il est un point sur lequel ils sont rigoureusement semblables à vous : c’est qu’ils sont comme vous des êtres d’amour et de désir. Et c’est précisément là que le fossé qui les sépare de vous est le plus large et le plus profond. La majorité d’entre eux vit dans une misère affective et sexuelle dont vous n’avez pas idée.

 

C’est la plus cruelle et la plus silencieuse des discriminations. Souvent, c’est à l’adolescence qu’on la découvre. Une jeune fille aveugle de quinze ans posait un jour cette terrible question à sa prof de français :

« Madame, pourquoi nos frères et sœurs ne nous emmènent-ils pas en boum ? »

Une fille handicapée, ça ne danse pas, ça ne flirte pas, ça ne fait pas l’amour. Un garçon, guère plus. Ca reste avec sa maman, quand ça en a une.

Les causes sont multiples. L’impossibilité peut être physique : certains handicaps moteurs rendent la pratique sexuelle difficile. Elle peut être technique, évidente pour les mal-entendants, plus subtile mais bien réelle pour les aveugles, car le regard est le premier trait d’union entre deux personnes, surtout dès qu’il s’agit de séduction. L’impossibilité peut être matérielle : de nombreuses personnes handicapées vivent dans un tel dénuement économique que leur sort semble peu attrayant à partager. Mais l’obstacle majeur est d’ordre moral : aujourd’hui encore, le handicap traîne après lui une image si négative, une telle honte, un tel déshonneur social, qu’il y a de quoi décourager les meilleures volontés. Comme d’habitude, on extrait du lot quelques personnalités qu’on médiatise à outrance. Mais globalement, aujourd’hui comme hier et comme toujours, les handicapés, c’est de la merde. Pire encore dans les classes défavorisées, où le mot lui-même est une insulte. Jean Genet disait :

« La crasse n’aime pas la crasse. »

 

Alors, comment font-ils ? Ils paient, les hommes surtout. Ils font l’Internet, les marchands d’amour et d’illusion. La plupart des sites de rencontre ne sont pas accessibles aux non-voyants, il faut le savoir. Donc, on se replie sur quelques sites spécialisés :

« Qu’ils baisent, soit, mais qu’ils baisent entre eux. Manquerait plus qu’ils veuillent épouser nos filles ! » comme disait l’autre.

Dans la France d’aujourd’hui, toujours fille aînée de l’Eglise et présidée par monsieur le chanoine du Latran, il n’y a pas d’auxiliaires sexuels, comme dans ces débauchés de pays scandinaves. Ici, on se résigne, les femmes surtout. Bien sûr, les plus mal lotis, ce sont mes camarades dits handicapés mentaux, les abandonnés des abandonnés, les plus méprisés de tous. Pensez-y, la prochaine fois que vous traiterez de « mongol » l’automobiliste d’en face. Oui, il y a de quoi être en colère, il y a même de quoi être enragé.

 

Je connais vos arguments, amis valides :

« Nous non plus, on ne baise pas tous les jours. »

Mais faites donc ! Eteignez vos télés et vos ordinateurs, sortez dans la rue et parlez aux gens ! Vous n’allez pas indéfiniment vous laisser terroriser par le SIDA et boucler à triple tour. Le SIDA passera !

« Il y a assez de viols comme ça. »

Vous l’avez dit ! Et plus que vous ne pensez : car, s’il est un droit qu’on n’a jamais contesté aux handicapés, c’est celui de se faire violer, y compris dans les institutions religieuses, et de se taire, et d’en mourir parfois. Le viol, c’est la maladie aiguë du rapport de domination. Abolissons les rapports de domination !

« En plus, il n’y a pas que vous : il y a les sans-abri, les sans-travail, les sans-papiers… On ne s’en sort plus ! Etre sans-amour, c’est bien triste, mais on n’en meurt pas. »

Erreur ! Qui a dit que la plupart des hommes mouraient de chagrin ? Combien de maladies sont des suicides inconscients ? D’ailleurs, tout ça, les sans-ceci ou les sans-cela, ce n’est que le résultat global du même système pourri : faisons la Révolution !

« La Révolution, bon, d’accord. Mais on ne pourra pas tout régler en une fois. Attendez votre tour. »

Que voilà un air connu ! On a dit ça aux femmes pendant des siècles : elles n’ont pas attendu, et elles ont bien fait. Non : la Révolution sera générale ou ne sera pas.

 

Eux non plus, les handicapés, ils ne peuvent pas attendre la Révolution, parce qu’ils n’ont qu’une vie, parce qu’ils n’en peuvent plus, parce qu’ils crèvent ! C’est aujourd’hui qu’ils ont besoin d’amour, pas demain, pas même ce soir, fût-il grand. Alors, deux solutions : ou bien nous faisons la Révolution aujourd’hui, ce qui serait de loin le plus sage ; ou bien nous commençons par une bonne fête orgiaque, histoire de nous mettre en forme. Souvenez-vous que toutes les révolutions ont commencé comme ça, Mai 68 en tête. Mais cette fois-ci, de grâce, ne nous oubliez pas ! Le mieux serait d’ailleurs que nous prenions les devants! Allez, on prépare les banderolles !

 

« We are beautiful » : nous sommes beaux. Et si nous ne le sommes pas, c’est que vous nous regardez mal. Et si nous ne le sommes pas, aidez-nous à le devenir. Brisons déjà le mur du silence, les autres suivront. Ensemble, sortons de la névrose et entrons dans la vie. Faisons un rêve !

 

Diane, non-voyante et libertaire

 

P.S. Camarade, ami, frère ou sœur, si ce texte te plaît, fais-le circuler. S’il ne te plaît pas, oublie-le et vis heureux.

 

Par diane beausoleil
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Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 17:20

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Par diane beausoleil
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