Si elle était là, elle pourrait me dire, comme Bagheera :
« Laisse-les couler, ce ne sont que des larmes. »
Mais elle n’est plus là ! J’ai perdu Eliante, mon amie de tous les jours, ma compagne d’aventure, de galère et de rigolade. Elle était née aux pâquerettes, le 9 avril 1989 ; elle est partie au muguet, ce dernier 1er mai. Ma pittoresque prof de japonais l’avait baptisée Himawari, son nom de fleur du soleil au pays du soleil levant.
Je lui dois pour une grande part mon équilibre et ma joie de vivre d’à présent. Et pourtant, elle fut la compagne de mes années difficiles, temps de ruptures, de recherche et d’incertitude. De manière concrète, je lui dois mon métier : jamais, sans elle, je n’aurais osé me lancer dans l’aventure parisienne de ma formation de kiné. Elle s’y est montrée d’une efficacité et d’une vaillance admirables. Elle y a supporté le métro, la pluie et mon stress. Elle m’a aussi causé quelques belles colères, aujourd’hui oubliées, et trois grands chagrins : la découverte de sa leishmaniose, son départ à la retraite et son décès.
Dans les rues de Paris, je lui promettais pour ses vieux jours une maison avec un jardin. Je veux dire un grand merci à Evelyne, Jean-Claude et leurs enfants, qui m’ont permis de réaliser ce vœu. Grâce à eux, Eliante a connu une belle vieillesse, choyée, entourée, accompagnée jusqu’à sa dernière heure avec amour et intelligence. Je remercie également Andrée, qui l’a éduquée, et Jacqueline, vétérinaire homéopathe, qui l’a soignée.
Certains diront que Lili est partie au paradis des chiens-guides. Pour moi, je pense, comme les anciens, qu’elle est devenue une étoile dans la grande constellation du Chien. Et, sans faire de tort à ma chère Olga, Je sais que longtemps encore, quand je serai perdue dans l’océan de la grande ville tumultueuse, il m’arrivera d’invoquer l’étoile Eliante.
Cannes, 3 mai 2003.
dbeausoleil